Nouveau monde, nouvelles règles: comment travaille-t-on au XXIe siècle ?

Les nouvelles règles du monde du travail

Cet article est une traduction libre d’un article lu sur Fastcompany que nous avons trouvé particulièrement intéressant.

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Vous pouvez oublier tout ce que vous savez sur le monde du travail : aujourd’hui les règles ont changé. On travaille de plus en plus partout et nulle part. Le travail se confond dans nos vies privées tout en disparaissant peu à peu comme s’il n’était plus qu’une discrète activité, partie intégrante de notre vie quotidienne.

Les anciennes règles du travail s’appliquaient au monde du travail d’avant, celui des usines et des bureaux, un monde d’emplois « standards » et stables, dans de grandes entreprises, où les carrières suivaient des trajectoires plus ou moins prévisibles. Nouveau monde, nouvelles règles : un monde de flexibilité, de précarité, d’entrepreunariat, où le travail est plus ou moins lié à différents moments, endroits ou employeurs.

John Maynard Keynes, dans un essai écrit en 1931 dont le titre était « Les possibilités économiques pour nos petits-enfants » avait prédit cette évolution : « L’homme fera face à un problème permanent : comment conserver sa liberté face aux pressions économiques, comment occuper son temps libre, quelles sciences et quels groupements d’intérêts lui permettront de vivre agréablement ? »

Nous y sommes dans ce futur ! Et alors que les avancées technologiques qu’il avait prévues s’avèrent, l’utopie « post-travail », elle, n’est jamais arrivée. Comment vivre dans un monde ou chaque instant, y compris, nos moments de sommeil et de loisirs sont désormais colonisés par le travail, la possibilité d’être monétisés et optimisés ?

En bref, quelles sont les nouvelles règles du monde du travail d’aujourd’hui ?

 

Ancienne règle : tu iras tous les jours au travail

Nouvelle règle : tu peux travailler de n’importe, où que tu sois dans le monde.

 

« L’heure de pointe » est un concept en voie de disparition : la croissance de l’affluence sur les lignes du métro de New York se fait désormais en dehors des heures de pointe. Les gens ont laissé tomber les trajets traditionnels matin et soir pour vivre et travailler différemment. Les espaces de co-working fleurissent partout, on parle de 20 000 espaces, soit une multiplication par deux du nombre d’espaces dans le monde depuis 2008. Les politiques de homeworking sont de plus en plus standards parmi les employeurs et le travail à distance est de plus en plus tendance. Automaticc, la boîte derrière WordPress a adopté le 100% à distance, ses employés sont éparpillés partout dans le monde, chez eux ou ailleurs. L’initiative « The Remote year » a permis à 100 travailleurs à distance de passer un mois dans 12 pays différents pendant un an. C’est la technologie qui rend tous ces changements possibles, mais c’est aussi une envie profondément ancrée en chacun de nous : nous voulons vivre notre vie comme nous l’entendons, là où nous nous sentons bien et il y va de même pour notre travail. 

 

Ancienne règle : tu travailleras de 9h à 17h

Nouvelle règle : tu seras disponible 24h sur 24

 

L’avantage, c’est qu’on travaille quand on a envie de travailler, aussi longtemps que son travail est fait dans le respect des deadlines imposées. L’inconvénient, c’est qu’on doit toujours être disponible. Les mêmes écrans qui nous maintiennent en permanence connectés à nos vies personnelles, sont devenus nos outils de travail.

Selon une étude menée par « The American Pschychological Association », plus de la moitié des adultes qui travaillent disent vérifier leurs emails pro au moins une fois par jour pendant le week-end. Environ le même pourcentage consultait aussi leur emails professionnels en dehors des horaires de travail ou pendant leur congés maladie. 44% faisaient de même pendant les vacances et une étude de l’American Time montrait que 34% des employés travaillaient en moyenne un jour de week-end par semaine chaque semaine, contre 43% pour les indépendants ou entrepreneurs.

« Même le sommeil est pris en otage », explique Jonathan Crary dans son livre 24/7 :  Late Capitalism And The Ends Of Sleep, l’américain moyen dort aujourd’hui en moyenne 6h30 par nuit, contre 8h il y a une génération et 10h au début du vingtième siècle. Autre information inquiétante, explique Crary : des recherches récentes montrent que le nombre de personnes qui se réveillent dans la nuit pour vérifier leurs emails est en croissance exponentielle. C’est à nous de mettre les limites.

 

Ancienne règle : tu auras un travail à plein temps et des avantages

Nouvelle règle : tu sauteras d’un projet à un autre.

 

L’année dernière, la place de marché des freelances Elance-oDesk estimait qu’il y avait 53 millions de freelances  aux USA, ce qui représentait 34% de la force de travail. Raison pour laquelle la question polie pour engager une conversation n’est plus « Où est-ce que tu travailles ? », mais « Sur quoi tu travailles ? ».

Tous les freelances veulent obtenir des missions, la « mission » est la nouvelle unité de travail, mais les études montrent qu’environ la moitié des freelances se sentent heureux et épanouis, tandis que l’autre moitié sont stressés et recherchent en réalité un emploi stable. Une étude faite par le syndicat des freelances aux Etats-Unis identifie de nombreux types de freelances : indépendants, travailleurs temporaires, entrepreneurs, artisans, bref, il s’agit d’une population très hétérogène.

 

Ancienne règle : l’équilibre vie perso/vie pro repose sur une séparation des deux univers.

Nouvelle règle : la frontière entre pro et perso disparaît, pour le meilleur et pour le pire.

 

Les entreprises sont obsédées par l’équilibre vie pro, vie perso, explique André Spicer, de la City University à Londres, mais plus les gens en parlent, moins cet équilibre à l’air d’exister  : « les réalités du travail aujourd’hui imposent une disparition entre vie personnelle et travail. On essaye de créer des barrières, mais elles sont constamment supprimées ».

Par exemple, quand des plateformes comme Airbnb ou Uber ont rendu possible la monétisation des appartements et des voitures des particuliers, beaucoup de gens se sont subitement mis à travailler en parallèle comme agence de location ou chauffeurs. Le temps passé avec ses amis est remplacé par du networking, les réseaux sociaux, qui avant étaient utilisés uniquement pour la vie perso sont maintenant une extension de notre CV, un autre moyen de se vendre continuellement.

 

Ancienne règle : tu travailles pour gagner de l’argent, pout faire vivre ta famille

Nouvelle règle : tu travailleras par passion, tu dois « aimer ce que tu fais »

 

Ne dites jamais que « Vous avez juste besoin d’un travail », le mantra officieux de notre temps, explique Miya Tokemitsu dans un article très controversé par ailleurs, est « Fais ce que tu aimes ». Les employeurs cherchent des acharnés, des passionnés, les travailleurs se vendent de plus en plus comme attachés à des mouvements, des causes, ils sont prêts à tout sauf à travailler pour une entreprise ringarde à l’ancienne qui vend des gadgets. Le problème avec le « Fais ce que tu aimes », explique Tokemitsu, c’est que « Cela ne conduit pas à la libération, mais à la dévalorisation du travail réel. Le vrai exploit a été de convaincre les travailleurs que leur travail leur rend service à eux plutôt qu’à leur entreprise. » Au lieu de permettre à ceux qui travaillent d’avoir un quotidien confortable, le travail absorbe complètement leur quotidien.

« La mise-à-jour de nos compétences, dit Carl Cederström de la Stockholm Business School, n’est pas nécessaire quelque chose que nous voulons, mais une obligation ». Quand la plupart d’entre nous travaillent dans l’économie de la persuasion, il n’est pas surprenant que chacun commence par s’auto-persuader que son travail est une question de vie ou de mort.

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Crédit photo : John Walker sur Flickr

Auteur : Marie Vareille

Community et Content Manager pour Malt

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